Ayant monté son premier groupe de rock dès l'âge de 14 ans, en 1956, le jeune Claude Moine sera régulièrement sur scène, jusqu'en 1961, en particulier dans le « temple du rock », le Golf-Drouot à Paris.
Le « Golf Drouot », a d'abord été un golf miniature, puis ensuite un thé dansant, et enfin le temple du Rock and Roll que l'on connaît. La venue au golf par le plus grand des hasards de quelques teenagers en mal de nouveautés ou de passage dans le quartier, changea pourtant l'ambiance du Golf. Réunis autour de l'électrophone d' «Henri Leproux», d'abord barman, puis chanteur de charme et pour finir le créateur et le manager de la nouvelle formule du Golf, en écoutant : « Rock Around The Clock » à longueur d'après-midi, les langues se déliaient. En Amérique parait-il, « Bill Haley » aurait vendu un million et demi de disques - Brrr !!!
Certains des jeunes avaient des copains soldats américains, qui voulaient bien leur vendre les 45t qu'ils possédaient. Un privilège pour un petit parisien ! Les quatre ou cinq teenagers du début se fidélisèrent, d'autres partaient mais de nouvelles têtes arrivaient, séduites sans doute par l' ambiance qui se dégageait de cet endroit, dont la propriétaire « Mme Perdrix » était en quête d'image pour son établissement qui mégotait.
Henri Leproux servait à ce petit monde du Coca-Cola (le véritable) et des sodas, tous voulaient en savoir plus sur cette nouvelle musique qui arrivait en Europe appelée – « Rock and Roll ».
Henri Leproux a eu la chance de rencontrer le directeur de la firme « Seeburg » qui importait les juke-boxes en France, quelqu'un de compréhensif et Leproux se fit confier un « juke-boxe » d'appartement entièrement marqueté en bois verni qui fonctionnait par un système de barettes pour les présélections. Cette pièce de musée pouvait contenir 100 disques, et quatre titres par disque, soit 400 titres. Une mine d'or !
Au Golf la nouvelle se répandit comme une traînée de poudre et les jeunes rockers en herbe pouvaient moyennant un « Coca » au prix modique de 1 franc, passer autant de temps qu'ils le voulaient, devant le Seeburg bourré de disques de « Rocks » américains.
Très vite beaucoup d'autres jeunes se joignirent aux fidèles de la première heure. Tout ce petit monde se retrouver dans un seul et unique but, écouter cette musique qui déferlait maintenant sur Paris et le monde. le «Rock and Roll» ! Les bandes des différents quartiers de Paris et de sa proche banlieue n'en formèrent plus qu'une: la « bande du Golf ». Une bande pacifique animée par la même passion du « Rock ». Chaque garçon qui venait au Golf revenait à coup sûr avec au moins deux ou trois potes garçons ou filles, qui à leur tour revenaient avec deux ou trois personnes afin de leur faire partager l'ambiance unique de cet endroit. Certaines de ces personnalités exacerbées allaient devenir les leaders des groupes de la première génération sur la scène du Golf. Ces jeunes chacun de leur coté dans les garages, les appartements, les maisons, à Paris en banlieue ou en province répétaient, qui à la batterie, qui à la guitare à deux, trois ou quatre, et travaillaient d'arrache-pied. D'abord ils copièrent leurs « idoles » américaines avant de trouver leur propre voie musicale.
Claude Moine qui travaillait au Crédit Lyonnais voisin est déjà un assidu des « week-end du Golf ». Ce fut ensuite le raz de marée des groupes. Chaque maison de disque voulait pour ne pas être en reste avoir son « groupe ».
Les « Cinq rock »» devinrent pour Barclays : « Les Chaussettes Noires avec Eddy Mitchell », qui en Décembre 60 sortirent leur premier disque : un super 45 t comportant bien sûr « Be-Bop-a-Lula », Tant Pis Pour Toi, adaptés de « Be-Bop & Wild Cat » de Gene Vincent, Tu Parles Trop, « You Talk to much » de Jo Jones et Si Seulement, d' après le « Dirty, Dirty Feeling » d' Elvis. Les Chaussettes Noires deviennent rapidement, grâce à un son particulier, à des arrangements bien ficelés et à un chanteur au loock d'enfer bougant à contre temps, le plus grand groupe de Rock - Live en France dans les années 60...
Le groupe rivalise en tête des Hits - Parade avec les Chats Sauvages et Dick Rivers, qui ne manquent pas de talent non plus. Jean Philipe Smet, servi par un physique avantageux s'impose d'emblée avec Laisse les Filles.